La sauge, aussi belle que généreuse !

 

 

Avec  plus de 500 espèces répandues à travers le monde, le genre Salvia est le plus important des labiées (Labiatae) que la nouvelle classification phylogénétique du monde vivant et notamment du règne végétal (APG2) a rebaptisé  les lamiées  (lamiaceae).

Ils existent plusieurs espèces euro-méditerranéennes

  • S. pomifera (=calycina) Sud de la Grèce
  • S. pratensis (sauge des près) contient très peu d’huile essentielle et  elle est faiblement  aromatique. Commune à toute l’Europe.
  • S. sclarea (sauge sclarée). Ses larges feuilles sont très utilisées pour aromatiser certains plats. Ses inflorescences ont un parfum particulièrement délicieux et pénétrant.  Son huile essentielle est distillée pour être utilisée en parfumerie.
  • S.triloba .  sous arbrisseau atteignant 1.5 m. Centre et Est de la méditerranée. Sicile, Grèce jusqu’à la Palestine, elle est naturalisée en Algérie. Ses feuilles ont servi à faire une infusion, une sorte de thé en Grèce, appelé « fascomélo ». les arabes consomment volontiers les galles charnues en forme de pomme qui se forme suite à la piqure d’un insecte (Cynips sp ?)
  • S.veridis (= horminum, sauge verte, sauge hormin) . plante annuelle de 40 cm,-j’en ai me semble-t-il rencontré à Mostaganem- Europe méridionale. Souvent cultivée comme plante ornementale.
  • S. officinalis (sauge officinale, présentée par  flore de Mostaganem), et dont il s’agit  dans le texte que nous vous proposons ici. C’est probablement la plus cultivée dans les jardins et comme son nom le laisse entendre c’est la plus recherchée pour ses vertus thérapeutique mais aussi comme condiment pour son odeur agréable.

Dans le passé, les systématiciens faisaient la différenciation de trois sous-espèces (minor, major et lavandulifolia), aujourd’hui cette distinction n’est plus de mise. Chacune des trois sous-espèces est considérée comme une espèce propre. ssp . minor = Salvia officinalis L., ssp. major = Salvia grandiflora Etl. ( Syn. Salvia tomentosa Miller) et ssp. lavandulifolia (VAHL.) GAMS = Salvia lavandulifolia VAHL.

La sauge est connue depuis l’antiquité égyptienne. Les latins l’ont sacralisé sous l’appellation « Herba sacra ». Elle fut  appréciée par Dioscoride  qui la recommandait contre des affections  aussi diverses que les hémorragies , les saignements à cause de ses qualités astringentes  et coupures pour ses effets cicatrisant en usage externe, les fièvres, les calculs urinaires et l’irrégularité des règles chez la femme,  puis par Galien  pour ses vertus emménagogues et toniques. Au Moyen âge, elle  accède au rang de panacée. Son  nom même  indique ces vertus thérapeutiques. Salvia  dérive du latin salvare signifiant  « sauver », « guérir ». La même connotation se  retrouve aussi  dans l’appellation arabe es-salma.  Au  12ième siècle, une certaine  Sainte Hildegarde  la prescrivait un peu contre tout et n’importe quoi. Au 18ième siècle en Europe, la sauge avait un tel prestige que l’on avait résumé sous forme d’axiome  ses bienfaits : « Pourquoi mourrait l’homme dans le jardin de qui pousse la sauge si ce n’est qu’il n’existe aucun remède contre le pouvoir de la mort ».   Il est  possible que ce soit là une simple adaptation du hadith bien connu à propos de la nigelle.   

On dit que les chinois aimaient tellement la sauge en infusion  qu’ils l’échangeaient poids contre poids aux européens – en particulier aux hollandais-  du thé noir qui se vendait alors en Europe à prix d’or.

La liste de ces propriétés supposées est  bien longue. Sans  vouloir jouer au prescripteur nous essayerons d’énumérer   ses principales indications. Cela ajoutera peu de chose à la solide  réputation bien établie de la sauge. On  résumera les activités pour lesquelles un certain nombre d’évidences ont été accumulés à ce jour, en faveur de la sauge, utilisée en tisane ou sous  forme d’huiles essentielles.  Elle aurait donc une activité antibactérienne, fongistatique, virostatique, astringente, stimulante pour les fonctions digestives et antisudorale. Cette dernière activité a été  confirmée par des expérimentations sur l’animal et par des expérimentations cliniques sur l’homme. Ainsi la sécrétion sudorale induite par la pilocarpine est rapidement supprimée. Ses vertus diurétiques et antispasmodiques la rendraient précieuse contre les affections aussi gênantes ou graves que la rétention urinaire, la paresse rénale, les œdèmes, la goutte et les migraines, selon le célèbre phytothérapeute français  Maurice Mességué.

L’effet antiseptique  de la sauge est mis en exergue par ce fait divers, dans la région toulousaine, et qui date de la grande peste de 1630, que raconte  Mességué dans son livre « mon herbier de santé » (ed. Robert Laffont). Des détrousseurs de cadavres sont pris par les autorités de l’époque. Les trouvant bien téméraires de ne pas craindre la contagion, ils leur offrirent la vie sauve en échange de leur secret. Ils  passèrent donc à table, si j’ose parler ainsi, en avouant qu’ils se faisaient oindre leurs corps avec du vinaigre dans lequel ils ont préalablement  fait macérer de la sauge, un peu de thym, de la lavande et du romarin.

Un siècle plus tard, les aigrefins toulousains ont fait des émules à Marseille. Pour les mêmes considérations, ils adoptèrent la lotion antiseptique en l’améliorèrent en y ajoutant de l’ail. Il faut croire qu’il n’étant pas très « regardant » pour l’odeur ! Depuis le succès de la lotion des loustics marseillais ne s’est presque pas démenti dans la pharmacopée au naturel  sous le label  de « vinaigre des quatre voleurs ». et il ne sera certainement pas interdit  d’y recourir en cas d’épidémie de grippe « A » que nos médias s’obstinent  à appeler porcine et qui pointe donc le bout de son groin en Algérie ! L’ajout de l’ail me fait rappeler que les circonscrits de la première guerre mondiale se préoccupaient plus pour ne pas partir au front sans  leurs gousses  d’ail que du bon fonctionnement de leurs fusils ; j’exagère à peine !

Cependant, il ne faut jamais perdre de vue qu’en matière de phytothérapie, les indications  sont souvent à prendre avec des pincettes car elles sont souvent basées sur des faits empiriques. Ce dont je peux témoigner, c’est qu’elle est franchement tonifiante, cependant il faut mettre en garde les gens contre des abus éventuels. Consommée en grande quantité sur une longue période, la sauge peut se révéler toxique.  L’utilisation de l’huile essentielle pure et des extraits alcooliques au cours de la grossesse sont à proscrire. Elle est aussi fortement déconseillée chez la femme qui allaite car elle fait diminuer la sécrétion lactée.

 L’huile essentielle  extraite de la sauge contient   le même composé toxique présent l’absinthe ( Artémesia absinthium), le thuyone.  Seule Salvia lavandulifolia VAHL. en est pratiquement dépourvues. C’est ce composé conjugué à l’alcool  dans la célébrissime « absinthe », qui, jusqu’à sa prohibition  en France en 1915, avait procuré  beaucoup d’inspiration à certains et causé une mort certaine à beaucoup. L’addiction qu’elle créait provoquait des hallucinations et des convulsions aboutissant souvent au fameux délirium tremens. L’Absinthe a inspire les poètes Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Oscar Wilde qui l’appelait la fée, Edgar Poe …. Beaucoup de peintres se sont intéressés à immortaliser des scènes  de consommation ou qui se intéressés à la liqueur, elle-même, qui a causé tant de détresse humaine en Europe. Manet, Degas, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Picasso... Zola en a décrit l'horreur dans son roman l'Assommoir. Verlaine en est mort. Van Gogh avait sombré dans la folie.

A la faveur de la législation européenne, des clubs de consommation  de l’absinthe refont  surface.  Les teneurs  en thuyone sont  naturellement  drastiquement normalisées.  C’est la dose qui fait le poison ! Et si il vaut mieux s’absinthenir de prendre la forme  alcoolisée quelques feuilles de notre ch’hiba  dans  du thé vert n’a jamais été désagréable avec aucun maghrébin !

Revenons à la sauge. Son  odeur agréablement  balsamique et aromatique lui  vaut sa seconde appellation arabe swak en-nabi. Elle nous rappelle que la sauge est aussi  une plante condimentaire  de première classe. Elle convient parfaitement pour assaisonner les viandes de volailles et les salades en y ajoutant des jeunes pousses émincées. Elle est utilisée dans le Nord de la France pour relever la saveur  de  fromage. Elle est aussi sollicitée parfois pour parfumer les cidres, les jus de fruits et les marmelades.  A l’évidence nous sommes loin d’avoir fait complètement le tour de cette remarquable bienfaitrice mais  pour conclure,  je dirais que la sauge semble réunir toutes les qualités de ses consoeurs  de cette fabuleuse et merveilleuse famille des lamiacées. On y retrouve le lamier, bien sûr,  les menthes, le thym,  la mélisse, l’origan,  la sarriette, la marjolaine, le romarin la lavande,le marrube et bien d'autres tout ce que notre maquis méditerranéen  a de plus odorants et utiles à nous offrir. Les abeilles  ne s’y trompent d’ailleurs pas, puisque  la plupart des plantes mellifères se recrutent au sein de cette famille.

Mokhbi Abdelouahab

Maitre de conférences/  Département d’agronomie/UMABB

Article copié par la flore de mostaganem

Date de dernière mise à jour : 10/09/2012



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